Une messe de l’été à Monceaux-le-Comte le 3 septembre 2023 (pôle de Tannay)

On ne rentre pas à Montceau-le-Comte (124 habitants) sans un but précis : le centre du bourg est à l’écart de la route qui mène vers Clamecy, Auxerre puis Paris. Pour l’église Saint-Georges, c’est la même chose : bien intégrée au sein du village, on voit à peine son clocher émerger des frondaisons. Et pourtant, elle gagne à être connue et, encore plus visitée avec les nombreuses œuvres d’art qu’elle renferme.

Quoi de mieux qu’une “messe de l’été” ce dimanche 3 septembre 2023 pour aller à la découverte de ce monument si peu connu ?

Enserrée dans son village, nous l’avons dit, l’édifice se dérobe à notre vue, entouré de magnifiques arbres qui la cache sur deux de ses façades. L’église est ancienne : elle date du 12ème siècle. Cependant, de nombreux remaniements ont eu lieu au 13ème et 14ème siècle. En 1876 et 1877, la nef et le chœur sont réhaussés et deux chapelles latérales sont créées, à l’initiative de l’architecte Charles Lutz, donnant à l’église sa physionomie actuelle, en forme de croix latine.

Malheureusement, ces travaux ont eu pour conséquence d’accroître les pressions portant sur le chœur qui commençait à se fissurer dangereusement. C’est pourquoi des travaux de rénovation de l’église ont été menés à l’initiative de Françoise Corbeau-Mougne, maire du village, en 2020, concernant la consolidation du chœur roman, les vitraux, le coq du clocher, la toiture en tuiles et le crépi de la façade. Bien que non classé, l’édifice a bénéficié de plusieurs subventions, la mairie prenant à sa charge 20% des 200 000 € de travaux. Il faut dire que le funeste exemple de l’église d’Asnan, détruite en 2018 en raison de son mauvais état, a créé à l’époque un précédent tristement célèbre non seulement dans la Nièvre mais dans la France entière ! Il reste maintenant à aménager l’intérieur de l’église et à mettre en valeur, par un éclairage adéquat, l’ensemble du statuaire.

La dernière messe dans cette église remonte au 1er mai 2022.

Entrons dans l’église : nous passons sous un tympan représentant Saint-Georges, Patron de l’église, terrassant le démon représenté par une cureuse créature, mi dragon, mi serpent. Il est l’œuvre d’un sculpteur de Pouilly sur Loire dénommé Patard et fut achevé en 1901.

Georges de Lydda (vers 275/280 – 23 avril 303), saint Georges, est un martyr du 4ème siècle, selon la tradition continue de l’Église catholique et des diverses Églises orthodoxes. Il est le saint patron, entre autres, de la chevalerie chrétienne, du royaume d’Angleterre depuis l’an 800, de la Géorgie, de la Bourgogne, du scoutisme et des armuriers. Il est généralement représenté en chevalier romain qui terrasse un dragon (il s’agirait du surnom d’un mercenaire qui terrorisait la population locale) et fait ainsi figure d’allégorie de la victoire de la foi chrétienne sur le démon ou plus largement du bien sur le mal. S’opposant à l’empereur Dioclétien qui persécutait les chrétiens de son armée, il subit lui-même toutes sortes de tortures avant d’être décapité.

Dans le narthex, les premières sculptures s’offrent à nos yeux étonnés de découvrir autant d’œuvres d’art dans une si petite église !

Déjà nous retrouvons Saint-Georges à cheval qui était au tympan d’une ancienne porte du 13ème siècle.

photo Marie-France Gournay

A ses côtés, une statue du 16ème siècle de Saint-Antoine de Padoue, en pierre, à malheureusement perdu ses mains à la révolution.

Un Christ en croix nous invite à pénétrer dans la nef de l’église.

Bien que la messe ne commence que dans un quart d’heure, l’église est déjà bien remplie. Au delà de la nef, le chœur en cul de four est bien visible.

Voici maintenant les autres statues qui méritent attention. D’abord une rare Vierge allaitant en marbre datée du 14ème siècle.

 

Et enfin cette Vierge de Miséricorde, plus connue sous le nom de Notre-Dame du Réconfort qui est unique dans la Nièvre. Datée du 16ème siècle, cette statue en pierre polychrome protège de son vaste manteau des ecclésiastiques, de hauts dignitaires politiques, des bourgeois et même un pèlerin se rendant à Saint-Jacques de Compostelle ! Elle provient de l’ancienne abbaye cistercienne de Notre-Dame de la Consolation dite du Réconfort, située sur la commune voisine de Saisy. Comme les autres statues de l’église, celle-ci est bien entendu classée monument historique au titre des objets mobiliers.

Dernier regard sur les beautés de cette étonnante église, le vitrail de l’abside présentant le dédicataire, Saint-Georges, aux prises avant un féroce animal. Comme les autres, ce vitrail date du 19ème siècle.

Il est 11:00, le père Michel entre en procession alors que Pierre place au mieux les fidèles. Il ne restera bientôt presque aucune place assise dans la nef et le prêtre se chargera d’aiguiller les retardataires vers les dernières places disponible dans les chapelles latérales ! L’assistance chante “Acclamez le Seigneur”.

La chorale est particulièrement nombreuse et au noyau de Tannay se sont ajoutés des participants de tous les pôles. Le Gloire à Dieu de la messe Polyphonie pour un avenir restera dans les mémoires de ceux qui étaient présents par son enthousiasme et sa ferveur.

Le psaume 62 “Mon âme a soif de toi, Seigneur, mon Dieu” est chanté par deux membres de la chorale de Corbigny.

Le père Michel proclame l’Evangile de Jésus-Christ selon Saint Matthieu (16,21-27).

Dans son homélie, il évoque d’abord le prophète Jérémie qui, malgré les humiliations et les railleries, continue à porter la parole de Dieu car le choix qu’il a fait d’être au service du Seigneur est plus fort que tout.

Dans l’Evangile, Pierre voudrait empêcher Jésus de se rendre à Jérusalem, ce qui provoque la fureur du Christ : “« Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes. »  Cette réaction trop “humaine” de Pierre exaspère Jésus : celui qui veut marcher avec lui doit marcher derrière lui : il convient d’accompagner le Christ et non de lui dicter ce que pourrait être son comportement. C’est le choix de la foi qui s’impose. Faire ce choix, c’est être disposé à faire don au Christ des difficultés mais aussi des joies que l’on rencontre, tout au long des jours et des années.

Le père Michel évoque le nouveau conseil de paroisse dont la première réunion aura lieu en septembre. Ce sera l’occasion de partager des propositions, des réflexions, afin de poursuivre le travail fait en commun par les membres de notre communauté.

Enfin, il cite le pape François qui a voulu placer ce mois de septembre sous le signe de la Création. Dans notre département rural, nous accueillons avec joie cette “eucharistie dans les champs”. Que l’esprit de Jésus-Christ continue à habiter nos cœurs là où nous serons en cette période de rentrée.

En écho à la parole, la chorale chante “Aimer, c’est tout donner”.

La prière universelle est conclue par le célébrant.

La doxologie clôt la prière eucharistique.

Animée par Denys, la chorale chante “Venez, approchons nous de la table” pendant la communion.

La bénédiction clôt la célébration. Le père Michel remercie tout ceux qui ont contribué à l’éclat de cette messe dominicale unique : la chorale, l’animateur, ceux qui ont préparé l’église, Pierre qui aura eu bien du mal pour placer tout le monde… et même le photographe, grâce à qui il restera un souvenir de cette belle eucharistie !

A notre tour de remercier le père Michel qui a assuré vaillamment et pratiquement seul toutes les messes prévues au mois d’août, un accident ayant empêché le père Loïck de le rejoindre cet été. Nous pensons bien à lui.

Porté par la chorale, l’assistance chante un extrait du magnifique Psaume de la Création de Patrick Richard (C 556).

Après la messe, des petits groupes se forment et permettent d’échanger sur bien des sujets.

Une initiative trop rare, pour ne pas dire unique : l’affichage sur la porte de l’église de la possibilité de se faire ouvrir l’église afin de la visiter. Cette faculté est utilisée plusieurs fois par an selon le témoignage de l’une des personnes chargées de cet accueil.

Une petite promenade dans le village permet de découvrir les nombreux puits de la commune, comme celui-ci, au bas de la ruelle de l’église.

Au pied du pont Carnot, les deux bras de l’Yonne se rejoignent, offrant un paysage bien agréable. Sur la rive droite (à gauche sur la photo), un vaste lavoir construit en 1835 est parfaitement entretenu.

 


Voici l’intérieur du lavoir dont le toit a été refait en petites tuiles. Un escalier raide conduit au lavoir… et jusque dans l’Yonne. L’ensemble est d’une propreté remarquable. La visite du village peut se poursuivre avec la découverte de nombreuses belles maison anciennes, fort bien entretenues.

Texte et photos : Bernard Gournay (sauf mention contraire).

Sources :
Le web croqueur : église de Monceau-le-Comte ; abbaye Notre-Dame du Réconfort
Le Journal du Centre : après un an de travaux…
Wikipédia : Saint-Georges de Lydda
Les notices affichées dans l’église et consacrées aux statues classées MH sont extraites d’un ouvrage de la Camosine : “Trésors cachés des églises de la Nièvre” (1990).